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Santé mentale : pourquoi les troubles psychiques sévères fragilisent précocement le corps

C'est précisément ce fil que tire une étude publiée dans The Lancet Psychiatry et relayée par Medical Xpress: chez les personnes vivant avec une schizophrénie ou un trouble bipolaire, l'apparition…

Léonie Ruffin, Sophrologue clinicienne et formatrice en périnatalité · mis à jour 14 août 2026

Santé mentale : pourquoi les troubles psychiques sévères fragilisent précocement le corps

Quand un soir de fatigue ordinaire, une jeune femme diagnostiquée bipolaire évoque, presque en s'excusant, ce diabète qui s'est installé sans crier gare depuis ses vingt-deux ans, on mesure combien le lien entre santé mentale et corps reste encore mal lu. C'est précisément ce fil que tire une étude publiée dans The Lancet Psychiatry et relayée par Medical Xpress: chez les personnes vivant avec une schizophrénie ou un trouble bipolaire, l'apparition des maladies physiques survient bien plus tôt que dans la population générale.

Ce que disent les données

Les chercheurs de l'Université du Queensland ont passé au crible près de 180 000 dossiers hospitaliers sur vingt-quatre ans. Résultat: les 30 000 patients suivis pour un trouble psychique sévère développent des affections somatiques graves — cardiovasculaires, respiratoires, métaboliques, neurologiques, infectieuses ou musculosquelettiques — nettement plus tôt que les autres. Beaucoup cumulent d'ailleurs plusieurs maladies chroniques touchant des systèmes différents. Comme le résume le docteur Sean Halstead, psychiatre et auteur principal, « une grande partie de l'écart d'espérance de vie ne vient pas du suicide, mais de maladies physiques, dont beaucoup sont évitables ou traitables ».

Un corps à écouter en même temps que l'esprit

L'étude pointe un faisceau de causes: génétique, effets secondaires des traitements, tabagisme et alcool plus fréquents, difficultés d'accès aux soins, et surtout tendance à minimiser les symptômes somatiques chez ces patients. L'impact est le plus marqué chez les jeunes adultes, en particulier les femmes de moins de 25 ans, dont la santé physique se dégrade de façon disproportionnée. Le professeur Dan Siskind, co-auteur, insiste: un diagnostic posé à vingt ans peut entraîner une prise de poids médicamenteuse, puis à la chaîne, diabète, atteinte rénale, risque d'AVC ou d'infarctus.

Ce qui change concrètement dans le suivi

Pour les soignants, le message est sans ambiguïté: penser la santé physique dès l'annonce du diagnostic, et instaurer un suivi somatique régulier, pas seulement en période de crise. Pour les proches et les patients eux-mêmes, cela ouvre un espace de vigilance nouvelle — surveiller son sommeil, sa tension, son poids, ses habitudes, sans attendre qu'un signal d'alarme se manifeste. Dans un contexte où les lignes d'écoute, comme le rappelle un récent article de L'Humanité, recueillent plusieurs centaines de milliers d'appels chaque été, ce rappel prend une résonance particulière: prendre soin de la santé mentale, c'est aussi ouvrir la porte à une attention globale du corps, et ne plus laisser la prévention s'effacer derrière l'urgence du psychisme.