Actualité

L'alimentation comme levier thérapeutique essentiel dans la prise en charge de la santé mentale

Selon Les Echos, un récent plaidoyer appelle à faire de la nutrition un pilier de la prévention et du traitement des maladies mentales, à parité avec les thérapies dites traditionnelles.

L'alimentation comme levier thérapeutique essentiel dans la prise en charge de la santé mentale

L'énoncé a de quoi faire sourire quiconque s'intéresse aux sagesses orientales: en Ayurvéda comme en médecine chinoise classique, l'assiette n'a jamais été un « ajout » à la psychothérapie — elle en constitue, depuis deux à trois millénaires, le premier remède. La nouvelle n'est donc pas tant l'idée que sa soudaine officialisation sous un vocabulaire de santé publique.

Un consensus qui sent le recyclage

Le mouvement s'inscrit dans un agenda plus large. Comme le rapporte le ministère des Solidarités, le Gouvernement a fait de 2026 la Grande cause nationale « Parlons santé mentale! » et vient de lancer un appel à projets pour une campagne nationale de prévention et de repérage précoce. En parallèle, Influencia détaille comment le dispositif « Vice-Versa, parlons Santé Mentale! », codéveloppé depuis l'automne 2025 avec les ministères de la Santé et de l'Éducation nationale, mobilise Pixar et ses personnages émotionnels pour parler d'anxiété et de dépression aux enfants — avec un kit enseignant, deux livrets familles et un relais par les Maisons des adolescents, les PMI et les réseaux hospitaliers. Le ministre de l'Éducation nationale Edouard Geffray rappelle qu'« aujourd'hui, 30 % de nos jeunes vont connaître un trouble anxieux ou dépressif entre 11 et 24 ans », un chiffre qui monte à 60 % chez ceux passant plus de six heures par jour sur les écrans. La nutrition comme levier de santé publique n'est donc pas un scoop isolé: elle s'ajoute à un faisceau d'initiatives qui entendent attaquer la souffrance psychique par tous les bouts — y compris, désormais, par celui de l'assiette.

Ce que cela change, concrètement

Reste à dépasser le slogan. Dans la tradition indienne, āhāra — l'alimentation — figure parmi les trois piliers de la vie, aux côtés du sommeil (nidra) et de la maîtrise de soi. Ce n'est pas un « complément » de la thérapie: c'est un support sans lequel le reste vacille. À l'inverse, la pop culture de la micronutrition tend à transformer l'assiette en liste d'additions: on ajoute du magnésium, on retranche le gluten, on encense les oméga-3. Le piège est connu: remplacer une orthorexie par une autre ne soigne rien, et la « nouvelle » catégorie de malades que produit l'industrie du supplément n'a rien à envier à l'ancienne. Pour qui souhaite intégrer ce pilier sans tomber dans la simplification commerciale, trois garde-fous s'imposent. Privilégier une alimentation entière, variée et cuisinable plutôt qu'une accumulation de compléments isolés. Considérer l'alimentation comme un acte quotidien d'auto-observation — rythme, digestion, énergie post-prandiale — avant d'y chercher une liste de nutriments miracles. Et accepter que la nutrition ne remplace ni un suivi psychologique ni un travail corporel, yoga, respiration ou toute autre pratique somatique. À défaut, la « prévention par l'assiette » rejoindra la longue liste des injonctions bien-être qui n'ont soigné, jusqu'ici, que les marges de l'industrie.