La bibliothérapie par la bande dessinée : une nouvelle approche thérapeutique en Dordogne
Selon Sud Ouest, la maison de santé pluriprofessionnelle et universitaire (MSPU) de Sanilhac, en Dordogne, a lancé fin 2025 un protocole de bibliothérapie dédié au soin premier en santé mentale.

Le projet, porté par le docteur David Ménard, médecin généraliste, s'appuie sur les modèles scientifiques anglo-saxons du domaine. Concrètement, le patient se voit prescrire une bande dessinée en complément de la consultation, avec un objectif affiché: « améliorer l'autogestion de la maladie et favoriser la compréhension des symptômes ».
Le dispositif, étape par étape
Le protocole tient en trois éléments concrets, vérifiables par le patient:
- Un fonds d'ouvrages sélectionnés et tracés. Chaque professionnel de santé renseigne une fiche de lecture — résumé, avis, nom du lecteur clinicien — laissée à disposition des patients concernés. La MSPU compte 13 praticiens; parmi eux, Mathilde Claude, orthophoniste, figure parmi les premiers prescripteurs.
- Des titres ciblés par pathologie. Le fonds inclut Goupil ou face de Lou Lubie (Delcourt), récit autobiographique sur les troubles bipolaires, Le Plongeon de Séverine Vidal et Victor L. Pinel, centré sur le vieillissement, ou Je vais mieux merci de Brent Williams et Korkut Oztekin (Éditions Tchou), abordant la dépression.
- Un circuit de prêt interne. La secrétaire médicale gère le prêt des ouvrages, sur le modèle d'une bibliothèque de quartier. Le prescripteur — généraliste, psychologue ou orthophoniste — reste l'interlocuteur clinique référent.
Le rationnel physiologique: ce que la lecture narrative mobilise
Sur le plan du système nerveux, la bande dessinée fonctionne comme un support de psychoéducation. Nommer les symptômes, modéliser un parcours, montrer un personnage qui traverse l'épreuve: la mise en récit fournit des repères cognitifs. Or, dans un contexte d'incertitude prolongée, l'organisme maintient une activation de l'axe du stress qui entretient la rumination mentale. Offrir une grille de lecture explicite peut court-circuiter partiellement cette boucle.
La dimension visuelle ajoute un canal émotionnel distinct du texte linéaire. L'identification à un personnage permet d'accéder à une expérience par procuration, sans l'exposition directe qu'imposerait un récit à la première personne. Ce mécanisme d'apprentissage par observation sollicite les circuits neuronaux de l'expérience vécue, avec une charge affective atténuée — un point pertinent pour les patients en phase aiguë, ou pour ceux qui verbalisent peu en cabinet.
Ce qu'on peut vérifier en pratique
Trois points de contrôle suffisent à évaluer la qualité du dispositif, où qu'il soit proposé:
- La prescription est-elle inscrite au dossier? Comme tout acte d'éducation thérapeutique, la lecture recommandée doit figurer dans le suivi.
- La fiche de lecture existe-t-elle? Elle garantit que l'ouvrage a été lu et critiqué par un clinicien, et non choisi au hasard d'une étagère.
- Le retour est-il prévu? Un échange court en consultation suivante — une ou deux questions sur la lecture — ancre le travail narratif dans le suivi et ferme la boucle d'apprentissage.
Le bénéfice attendu reste mesurable: une meilleure compréhension des symptômes, une observance renforcée, et un canal d'expression supplémentaire pour les patients qui peinent à mettre des mots sur leur vécu. L'outil complète l'arsenal du soin premier sans se substituer à l'accompagnement psychologique structuré — il agit en amont, en rendant le corps et l'esprit acteurs de leur propre décodage.