La politesse au travail est-elle devenue un frein pour votre carrière ?
Comme le rapporte actu.orange.fr, plusieurs voix du développement personnel — conférenciers TEDx, coachs suivis sur YouTube et quelques publications françaises — invitent désormais à supprimer des…

Comme le rapporte actu.orange.fr, plusieurs voix du développement personnel — conférenciers TEDx, coachs suivis sur YouTube et quelques publications françaises — invitent désormais à supprimer des formules telles que « J'espère que vous allez bien », « Je me permets de » ou « Désolé de te déranger », présentées comme des « ralentisseurs de carrière ». Le marché du secteur, qui a généré 71 millions d'euros de chiffre d'affaires en France entre mai 2021 et avril 2022 (+17,5 % sur un an, selon une enquête relayée par Psychologies.com), donne à cette injonction une résonance particulière. Sur X, l'ancienne présidente du Medef Laurence Parisot a résumé la polémique en une phrase: « Oui et non. Cela s'appelle la politesse. »
Le coût physiologique de la suppression des rituels sociaux
L'organisme ne distingue pas la menace physique de la menace sociale: le cortisol suit la même courbe. Quand la coach Maja Jovanović assimile « Puis-je vous interrompre? » à un symptôme de manque d'assurance, elle propose, de fait, d'éliminer un micro-geste de signalisation — une formule qui prévient l'interlocuteur, encadre l'interruption, préserve le lien. Or ce type de rituel active le système parasympathique: il réduit la production de cortisol en signalant au cerveau un environnement prévisible. Le supprimer revient à augmenter la charge allostatique de chaque échange.
Le psychologue social Dacher Keltner, de l'université de Californie à Berkeley, a documenté le mécanisme inverse: forcer le sujet à se focaliser sur le « moi » — donc à abandonner les gestes d'effacement social — augmente l'activation sympathique et réduit les comportements prosociaux. Ses travaux, publiés dans le Journal of Personality and Social Psychology, montrent qu'une diminution du sentiment de soi s'accompagne d'une hausse des comportements éthiques et d'une baisse du sentiment de « tout mériter ». L'organisme dispose donc d'un marqueur objectif pour départager la posture de confiance et l'injonction d'affirmation.
Protocole de lecture critique face à un conseil de « confiance en soi »
- Identifier la fonction sociale avant l'apparence verbale: « Désolé de vous déranger » n'est pas une demande de permission, c'est un amortisseur de cortisol pour l'interlocuteur.
- Évaluer l'effet sur le système nerveux autonome: la formule augmente-t-elle la prévisibilité perçue? Si oui, elle régule, elle ne soumet pas.
- Tester la suppression sur 24 heures: noter la fréquence cardiaque au repos, la qualité du sommeil, la tension perçue dans les échanges professionnels. Le corps fournit la réponse avant l'ego.
Bénéfices physiques d'un retour aux rituels
Maintenir ces micro-formules, c'est entretenir un signal de sécurité pour le cerveau social. Le système parasympathique reste disponible, la décharge de cortisol ne s'amplifie pas à chaque échange, et le diaphragme conserve sa mobilité: la posture thoracienne se relâche, la mâchoire se détend, la respiration redevient libre. Le bénéfice ne se mesure pas en « assurance » gagnée, mais en variabilité cardiaque restaurée.
