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Santé mentale en entreprise : un nouvel indicateur de performance économique

D'après L'Agefi, près de 40 % des arrêts de travail longue durée trouvent leur origine dans des troubles psychologiques.

Santé mentale en entreprise : un nouvel indicateur de performance économique

Ce chiffre, cité par le psychiatre Christophe André dans un entretien avec Denis Panel (CEO de Sycomore AM), replace la santé mentale au rang de première cause d'absence prolongée — et la fait entrer, selon les mots de l'investisseur, comme « critère d'investissement » à part entière.

Un indicateur désormais économique

L'échange, publié le 30 juillet 2026, s'inscrit dans les travaux du think tank « 2030, Investir demain ». Le constat de départ est sans détour: le sujet reste « peu structuré, difficilement mesurable et insuffisamment intégré dans les décisions économiques ». Denis Panel note que les indicateurs disponibles sont « déclaratifs, des signaux indirects, mais pas de certitude solide », en particulier à l'échelle individuelle. Christophe André lui répond que la mise en agrégation d'un grand nombre de données permet précisément d'identifier un phénomène — comme ce ratio de 40 % qui, une fois rapporté au volume global d'arrêts, cesse d'être une impression pour devenir une mesure. Sa définition opératoire de la santé mentale combine deux versants: l'absence de souffrance invalidante (anxiété, pessimisme excessif, inquiétude envahissante) et la présence d'un « élan vital » — capacité régulière à se sentir bien, en lien, en envie d'agir.

Ce que le corps y voit

D'un point de vue physiologique, ce deuxième versant est celui que le système nerveux autonome sait fabriquer — ou non. Le cortisol chronique, l'activation prolongée de l'axe sympatho-surrénalien et l'inhibition du tonus vagal finissent par produire exactement la perte d'élan décrite: fatigue persistante, anhédonie, déconnexion. Les données chiffrées de L'Agefi ne décrivent pas autre chose: un corps qui s'arrête longtemps, c'est d'abord un système parasympathique qui ne compense plus la charge allostatique.

Protocole de lecture à trois niveaux

Pour passer de la statistique à une action utile, on peut structurer son analyse en trois plans, comme dans un bilan de stress:

  • Niveau individuel — observer les marqueurs simples: qualité du sommeil, récupération de la fréquence cardiaque au repos, capacité à maintenir une activité plaisante. Ce sont les signaux « déclaratifs » que Panel évoque, mais traduits en données corporelles mesurables.
  • Niveau collectif — dans une équipe ou une organisation, agréger anonymement les arrêts, les demandes de rendez-vous chez un soignant, les indicateurs RPS. C'est l'équivalent du « grand nombre de données » qui fait émerger le phénomène des 40 %.
  • Niveau structurel — vérifier que les choix numériques (outils internes, plateformes imposées) ne reproduisent pas les mécanismes d'addiction que Christophe André et Denis Panel imputent aux grands réseaux sociaux, dont ils jugent la « responsabilité totale ».

Ce qu'il faut surveiller

Deux dossiers connexes, encore en évolution, accompagnent cette prise de position. Radio-Canada rapporte que des appels au 911 liés à la santé mentale pourraient être orientés vers des intervenants communautaires plutôt que vers les premiers secours — un test grandeur nature d'un transfert de charge du curatif vers le préventif. Côté états-Unis, Quartz revient sur les lois encadrant le recours à l'IA dans les soins psychiques, un sujet que la même logique de mesurabilité et de responsabilité rend inévitable. Pour les cabinets de thérapies douces et les acteurs du bien-être, l'enjeu est clair: la santé mentale quitte le registre de l'intime pour devenir un indicateur de gestion — et le corps, lui, continuera de fournir les premiers chiffres.